Des écoles à Madagascar avec Charles Gassot

25 03 2011
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Ecoliers - Tous droits réservés Ecoles du Monde

Charles Gassot, c’est un producteur de film. Il a créé sa société Téléma à l’âge de 22 ans. Mortelle randonnée, La vie est un long fleuve tranquille, Un air de famille, Tatie Danielle, Beaumarchais l’insolent… C’est lui qui finance.

Gassot a aussi produit le défilé du 14 juillet 1989 de Jean-Paul Goude, l’ouverture des Jeux d’Albertville en 1994, notamment.

Un jour il découvre Madagascar. Il a alors déjà croisé la misère en Inde et en Afrique, mais le dénuement de la brousse malgache le stupéfait. Et aussi la gentillesse des habitants, précise-t-il sur France Inter ce matin. Alors il se lance dans l’ « humanitaire » si souvent décrié. Des puits, des sanitaires, des écoles. Avec le souci d’impliquer des « nationaux », et de créer de l’autonomie par l’éducation.

Aujourd’hui son association Écoles du Monde a besoin d’argent et de compétences diverses, en matière de planning familial par exemple. Alors il mobilise des artistes célèbres pour une vente aux enchères parisienne, 100 briques pour Madagascar.

J’admire ce gars. Je n’ai pas le dixième de son énergie. Et si je l’avais je serais fière d’agir comme lui, librement, en conscience, en dépit des donneurs de leçons et des cyniques de ce monde.

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Choisis ton camp : Monsanto ou Kokopelli?

18 06 2010

cultivateursJ’avais annoncé que j’irais voir le film de Coline Serreau « Solutions locales pour un désordre global ». C’est fait.

Ce que je supposais dans mon billet était juste. Le business des semences et l’industrie des OGM sont le sujet central du film, qui dénonce la dépendance des cultivateurs vis-à-vis d’industriels tel Monsanto.*

La métaphore filée du machisme à l’œuvre (exploiter brutalement la terre comme on violerait une femme) n’est pas l’invention de Coline Serreau, mais celle de micro biologistes « en voie d’extinction », de cultivateurs résistants, de militants hommes ou femmes dont la vie même a parfois été menacée par leurs oppresseurs (expropriations, passage à tabac en Amérique du Sud).

La critique de Mathilde Blottière déjà évoquée dans mon dernier billet est bien plus méchamment descendue par Gérard Ponthieu :

« Bien fait pour ma pomme, dira-t-on. Certes, pas obligé ni de les lire, ni surtout de les écouter. Le problème, c’est toujours le mélange des genres dans lequel l’information basique se trouve passée à la trappe ou, pire, assassinée. Ainsi, en moins d’un feuillet, la Mathilde Blottière [Télérama du 10 avril 2010] dézingue un film important, utile ô combien, nécessaire et intéressant – soit exactement l’inverse de son méchant papier. Lequel épuise ses maigres ressources à filer une vaine opposition entre le film de Coline Serreau et « Home » d’Arthus-Bertrand, le dandy et esthétisant geignard. »

« A quoi bon s’échiner avec d’aussi ineptes propos ? A quoi bon, de même, dénigrer le féminisme exprimé dans le film en le reprochant à la cinéaste, alors qu’il se trouve justement exposé par des hommes ? C’est d’ailleurs l’un des axes majeurs de la problématique de ce documentaire, à savoir la dénonciation d’une agriculture passée aux mains des mâles, notamment lors du coup de force de la soi-disant « révolution verte », elle-même conséquence de l’industrialisation outrancière, elle-même aboutissement « logique » de la Guerre. »*

« La Guerre avec son grand G, et aboutissement de quoi ? de quelle névrose de ce mâle dominateur, frappadingue de la testostérone, n’ayant de cesse de dominer, violenter, assujettir la nature et en particulier la terre,sans oublier au passage, « accessoirement », la femme, « sa » chose ? Machisme et machinisme mêmes combats, mêmes convergences dans l’Histoire des drames humains culminant dans notre modernité en ses formes « civilisées » – c’est-à-dire en apparence proprettes et douillettes, très adaptées à la vaine dissimulation, vaine puisque le spectacle éclate au grand jour, pour qui veut le voir. Ce ne saurait être le cas de la critiqueuse, la télérameuse qui ne voit là que « métaphores lourdingues ».

CotonVoilà. Si vous pouvez voir ce documentaire de Coline Serreau, faites-le, cela ne mange pas de pain… bio.

Si justement vous voulez acheter bio, local et de saison, cultiver ou vous cultiver, comprendre etc., dans votre région, voyez la carte des solutions, consultable sur le site du film de Serreau.

Un mot de Kokopelli maintenant. C’est une association, évoquée par Serreau, qui distribue (illégalement) des semences aux paysans dépendants des industriels. Lu sur le site de l’association :

« Cela fait 17 ans que nous luttons pour conserver le “privilège” de distribuer des semences de tomates, de courges, de laitues, etc. N’est-ce pas pathétique? Comment en est-on arrivé à l’abandon total de nos libertés les plus essentielles? La mafia semencière contre laquelle Kokopelli défend son droit d’exister, c’est cette même mafia qui contrôle la pharmacie, et qui contrôle l’agrochimie, et qui contrôle les chaînes de distribution alimentaire. »

« Ce sont les multinationales des Sciences de la Mort qui stérilisent, qui virtualisent et qui synthétisent le Vivant. Ce dont l’humanité a besoin, ce n’est pas d’un nouveau Messie qu’il soit Noir ou Caucasien-Hongrois. L’humanité s’est fourvoyée dans une impasse écologique dont nul messie, prophète, avatar ou sage illuminé ne va l’en sortir.

« Il n’est nul besoin de moraliser le capitalisme mais il est par contre urgent de moraliser la morale Occidentale. Depuis l’été 2007, l’Occident a mis sur la table des milliers de milliards de dollars pour sauver les grands brigands de la finance : de quoi nourrir la totalité du Tiers-Monde pendant un ou deux siècles. En toute indécence. »

* Pour en savoir plus sur Monsanto : tapez « Monsanto » dans Google et découvrez tout un tas d’info pas reluisantes, par exemple la condamnation pour publicité mensongère (« Round Up » n’est pas biodégradable). Voir notamment sur Wikipedia l’historique et le lien de Monsanto avec l’industrie de la guerre. Bon sinon il y a le site corpo tout propre et bien référencé, et aussi des articles critiques et des vidéos pas gentilles.

**Allusion à la reconversion des armes chimiques en pesticides après la Seconde Guerre Mondiale. Il fallait écouler les stocks : l’agriculture a alors représenté un magnifique marché.





Déforestation : la Norvège montre l’exemple

8 06 2010
Indonésie

Vu sur Liberation.fr - Indonésie en décembre 2009 (REUTERS/Yusuf Ahmad)

C’est l’info du soir, et elle me met de bonne humeur. Bon allez, pour la rime : elle me donne espoir. Ça fait un bail que j’évite d’acheter les produits contenant de l’huile de palme, dépensant mon temps et mon argent dans une entreprise incertaine : le boycott.

Combien de personnes en France ont le temps et l’argent pour faire ce tri? Pas beaucoup j’en suis certaine… Alors l’initiative de la Norvège consistant à compenser financièrement la baisse des activités liées à la déforestation massive, notamment en Indonésie, je la trouve très belle. Et pas du tout dans l’air du temps. Malheureusement.

Vous ne voyez pas le rapport entre déforestation et huile de palme? Prenez le premier paquet de biscuits qui vous tombe sous la main, chez vous, ou bien une boîte de céréales, ou bien une crème hydratante, un plat tout prêt, peu importe… Vous y trouverez de l’huile de palme, utilisée dans l’agro alimentaire et la cosmétique car moins chère que les autres matières grasses.

Pendant ce temps-là, la forêt de Bornéo et sa biodiversité disparaissent à une vitesse fulgurante, vouant d’ailleurs les populations locales à leur propre perte, car elles sont économiquement dépendantes de cette monoculture intensive. Si tout le monde bouge ses fesses comme le fait la Norvège, peut-être que la catastrophe (mondiale) n’est pas inéluctable.

Bon, je file, j’ai un boycott à poursuivre.

En savoir plus depuis  liberation.fr, developpementdurable.com, et un peu partout sur le web en tapant « Norvège déforestation » dans Google.





Fête de la nature : Zzzzzz…

22 05 2010

fete de la natureC’est la fête de la nature du 19 au 23, c’est cool, allons gambader dans les champs. Je vais sur le site internet pour voir de quoi il s’agit et là, je crois revoir le site de la semaine du développement durable.

C’est le syndrome du site qui ne fait pas envie, sur des thèmes brûlants pour lesquels un effort de sensibilisation est essentiel, et pas que des enfants ; d’ailleurs c’est pénible à la fin cette association automatique sensibilisation=enfants.

En guise de présentation de la manifestation, un texte probablement copié-collé d’une version print : linéaire, long et fastidieux, pas de chapô, pas de hiérarchisation de l’info… Une belle page bien dissuasive, a fortiori si vous n’avez pas 10 de chaque œil et si vous n’avez pas 2 heures devant vous.

Pour savoir de quoi il retourne, patience et bienveillance. Il faut tout bien lire dans le détail :  exactement le comportement inverse de l’internaute moyen. Éventuellement vous pouvez consulter un programme en pdf, pas plus pratique que le site. Arghh!!!!

Revoilà le moteur de recherche me permettant de savoir se qui se passe près de chez moi, le 23. C’est bien, mais c’est 2 ou 3 ateliers… Une carte de l’ensemble des événements programmés aurait été sympathique, pour faire saliver, donner l’impression d’une fête dynamique, que ça bouge, qu’il y en a plein partout, que c’est aussi ouf qu’une fête de la musique, que celui qui ne participe pas est out, etc…





« Solutions locales pour un désordre global »

9 04 2010

affiche du filmC’est le titre du dernier film de Coline Serreau. A priori il fait l’unanimité chez les spectateurs. Enfin un film qui ne se cantonne pas au discours alarmiste, dit-on. Je ne l’ai pas vu mais j’en entends parler ce matin sur France Inter.

Coline Serreau est l’invitée de Service Public. Elle évoque entre autres un problème auquel je suis sensible depuis longtemps : la « confiscation » par les industriels de la fécondité des végétaux, via les OGM notamment.

Eh oui le problème des OGM est avant tout un problème politique mondial, qui touche à l‘indépendance alimentaire des pays et à la préservation de la diversité des espèces végétales.

En gros (et sans référence précise pour le moment) : les cultivateurs dépendent totalement de ceux qui vendent les semences. Les végétaux plantés sont en effet stériles, du fait des manipulations génétiques. Les industriels publient un catalogue de semences, les producteurs doivent s’en tenir à celui-ci, et acheter de nouvelles semences à chaque nouvelle saison.

C’est ce qui s’appelle, selon moi, avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête (heureusement il y a des fous furieux, ai-je lu ou entendu un jour, qui conservent des specimen végétaux au cas où). Bon, c’est ce que j’ai retenu d’une info entendue il y a plusieurs années déjà, et que Coline Serreau reprend ici.

Les spectateurs et certains media sont enthousiastes, d’autres non, comme Télérama, qui regrette (sous la plume quelque peu virulente de mon ancienne camarade de master Mathilde Blottière, hey Mathilde!)  certaines métaphores :  « Hélas, chez Coline Serreau, écologie et féminisme ne font pas bon ménage : métaphores lourdingues (la terre nourricière violée par les gros tracteurs du patriarcat) et discours contestable de l’éco-féministe indienne Vandana Shiva… La nature serait mieux comprise et mieux cultivée par les femmes : de quoi nous rendre (presque) nostalgique des viriles injonctions de Yann Arthus-Bertrand. »

Interrogée sur la méthode Yann Arthus-Bertrand, C. Serreau la respecte et se pense complémentaire, pas ennemie. Quant aux métaphores lourdingues… Elles dépeignent sans doute un rapport à la terre très dominateur, excessif et irrespectueux, hérité des Lumières (Descartes disait qu’il fallait se rendre maître et possesseur de la nature) et du XIXème occidental, siècle pour le moins patriarcal et phallocrate, allons, allons.

Je m’avance sans doute trop puisque je n’ai pas vu le film, mais il me vient à l’esprit l’image de ces femmes africaines qui font aujourd’hui tourner les économies locales, sans ambitions démesurées d’industrialisation ou de conquête capitaliste du monde. Conquête toujours d’actualité chez ceux qui ont largement le pouvoir dans le monde – les hommes, hein, pas les nanas.

Sur allociné : « Secrets de tournage »

« Trois ans de tournage à travers le monde »
« Caméra au poing, Coline Serreau a parcouru le monde pendant près de trois ans à la rencontre de femmes et d’hommes de terrain, penseurs et économistes, qui expérimentent localement, avec succès, des solutions pour panser les plaies d’une terre trop longtemps maltraitée. Elle a ainsi rencontré Pierre Rabhi, Lydia et Claude Bourguignon, les paysans sans terre du Brésil, Kokopelli en Inde, M. Antonie… »

« Coline Serreau, une réalisatrice engagée »
« Cinéaste à succès, Coline Serreau s’engage depuis toujours pour un monde plus juste et plus humain. La réalisatrice a démarré sa carrière en 1976 par un documentaire féministe et ponctue depuis sa filmographie de productions militantes. Loin d’un effet de mode, l’environnement, l’écologie et la décroissance constituent les fondements de sa personnalité et de son discours. »

« En 1996, elle nous invitait déjà à une réflexion écologique et sociale avec La Belle verte pour dénoncer les méfaits d’une société de consommation délirante. La réalisatrice a entamé depuis une profonde réflexion sur la façon même d’exercer son travail. Solutions locales pour un désordre global, film documentaire écologiste et engagé, est l’un des aboutissements artistiques et intellectuels de son parcours de cinéaste. » Lire la suite sur allociné





[Bref] – Gorilles, bientôt la fin

8 04 2010

gorilles25/03/2010 « Les gorilles pourraient avoir disparu d’ici une quinzaine d’années, si rien n’est fait pour les protéger du braconnage et du trafic illégal, et pour enrayer la dégradation de leur habitat, ont alerté, mercredi 24 mars, des experts du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) (…) ». A lire sur lemonde.fr





La bonne blague de DD

1 04 2010

vert

C'est joli, c'est vert

Il paraît que tout fout le camp.

Il n’y a plus de valeurs, les jeunes c’est de la racaille, les Arabes sont des terroristes, les gens ne croient plus à rien, il n’y a plus de respect, les Vietnamiennes sont vénales, la société se féminise, les climatologues sont des terroristes, les hommes se sentent dépossédés de leur pouvoir, c’est pour ça qu’ils battent leur femme, les femmes deviennent des hommes, les écolos veulent la récession, les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus, les francs-maçons préparent l’arrivée de l’antéchrist, le salut est dans l’Islam, le salut est dans la dianétique, y a plus d’honneur,…

Bon, en attendant, c’est la semaine du développement durable. Avec de la spiritualité dedans, des valeurs, de l’éthique, du boire et du manger pour quiconque cherche à se situer parmi les humains, vers l’avenir et l’au-delà, loin devant et proche de nous.

[Aparté pro] Ceci dit je trouve que le site gouvernemental dédié à cette semaine du DD est quelque peu mou du genou. Une présentation de la semaine en un paragraphe et un bilan.pdf, c’est maigrichon. Un programme des manifestations sous forme de moteur de recherche, sans push attractif ni aperçu évocateur, ça refroidit son internaute passif. Si vous savez déjà ce que vous voulez, c’est bien. Si vous en voulez plein les mirettes, une présentation de type magazine en ligne est préférable (en plus du moteur de recherche). Des sites spécifiques comme mamaisonpouragir ou mtaterre.fr sont un peu plus dynamiques et alléchants.

Et puis ils sont où, les aspects sociaux/sociétaux du développement durable? Dans l’intervention de Dassault (impossible de remettre la main sur l’URL, le moteur est pourri, ha ha ha…)? Dans un bon vieux paternalisme de l’ère (post) industrielle? Edit : il y en a aussi pour la CFDT, avec faute d’orthographe dans le titre du magnifique tableau de présentation du colloque.

Tout fout le camp… (lol).